

L’ancien maire de Foix, Norbert Meler, battu aux dernières élections, assure le service après-vente de ses erreurs passées dans un post enjoué. Il évoque, avec un certain entêtement, un îlot « restauré » au bord de l’Ariège alors qu’il a été purement et simplement détruit à sa demande grâce à la loi ELAN et au financement du fonds « Action cœur de Ville ». La loi ELAN avait en effet créé en 2018 dans le code du patrimoine un article L. 632-2-1 privant les ABF de leur pouvoir d’autorisation concernant les immeubles placés sous arrête de péril ou d’insalubrité. Le maire l’avait bien compris en multipliant ces arrêtés.
C’est au 86e Congrès HLM, organisé à Bordeaux entre les 22 et 24 septembre 2026, autour du thème « Habiter 2032, pour un quinquennat utile », que l’ancien maire de Foix a pu rencontrer l’actuel ministre de la ville. A lire le post de l’édile, « Monsieur le Ministre de la ville et du Logement Vincent Jeanbrun a passé un long moment auprès de l’exposition ariégeoise et nous a félicités pour l’initiative et le remarquable résultat obtenu ». Il est vrai que le ministre semble se réjouir à la vue du massacre du patrimoine de la ville de Foix.
Cette opération immobilière est, en effet, l’une des plus décriées par les associations et a même donné lieux à une mission d’inspection du ministère de la Culture. Quatre maisons des XVIIe et XVIIIe siècles ont été détruites en 2022 rue du Rival à Foix, contre l’avis de l’architecte des Bâtiments de France devenu non contraignant, le maire ayant préalablement frappé d’arrêtés de péril les édifices concernés.
L’ABF avait tenté, par son avis devenu simple, de faire renoncer à la démolition « car elle constituerait une perte irrémédiable sur le plan architectural, historique et patrimonial de nature à altérer gravement et définitivement le caractère et la qualité » du site, le projet touchant une « très belle composition pittoresque », « première image qui s’offre de la ville ancienne ». L’ABF précisait, en outre, douter de la réalité du péril : « l’état du bâti concerné ne justifie pas en lui-même une démolition, car il ne présente aucun défaut structurel » (lire l’article). C’était également le constat fait par notre délégué départemental de l’Ariège, architecte du patrimoine de profession. Tout cela en vain.
Le jusqu’au-boutisme municipal avait un prix : plus de 3,5 millions d’euros publics pour 12 logements, soit plus de 4 700 € le m², foncier compris. Soit :
– plus qu’un logement social neuf à Paris (3 940 €) ;
– le double d’une restauration lourde (2 630 €) ;
– 3,5 fois ce que vaut le m² dans le centre ancien de Foix (1 380 €).
C’est ce modèle non vertueux qui serait étendu par le projet de loi « relance logement » (dit « Jeanbrun »), voulu par le ministre. Celui-ci permettrait aux maires de substituer au système des arrêtés de péril de vastes « zones de développement du Logement » (ZDL). La logique est la même, mais le périmètre bien plus vaste. Délimitées sur avis simple du préfet de département, ces ZDL permettaient non seulement de paralyser le pouvoir d’autorisation des ABF, mais également les dispositions des PLU (lire l’article) !
Or, le troisième programme de l’Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU) porterait sur les centres anciens, notamment des villes moyennes. Il s’agirait ainsi de préparer l’intervention de l’Agence - que l’on imagine brutale - par un cadre législatif idoine.

L’autosatisfaction affichée devant l’opération désastreuse de Foix, annonciatrice d’une industrialisation du massacre, laisse songeur. Dans l’état de nos finances publiques, comment le ministre du Logement Vincent Jeanbrun peut-il féliciter les acteurs d’une opération qui est le symbole même du gaspillage et qui n’a été possible qu’en contournant l’avis d’un fonctionnaire de l’État, grâce à des arrêtés de péril dont on cherche encore le fondement ?
La rénovation urbaine ne devrait pas conduire à un tel gaspillage, celui de la beauté de nos villes et celui de nos impôts. L’argent confié par les Français à l’ANRU, à l’Anah, à la Région ou au Département sert à loger des familles, pas à raser un patrimoine qui tient debout pour reconstruire au prix fort.
Julien Lacaze président de Sites & Monuments
Pour signer la pétition


