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Un projet disharmonieux, dispendieux et dérogatoire !
Projet de nouveau pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale (façade donnant sur le quai d’Orsay). Selon le dossier de presse de juin 2025, ce projet, nommé "l’à-venir", "mettra en valeur l’emblématique colonnade, comme un message de bienvenue". Illustration Moatti & Rivière.
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Nous avions dit notre intention d’attaquer le permis de construire du nouveau pavillon d’accueil de l’Assemblée nationale après avoir démontré son illégalité manifeste (voir notre article de fond). Son permis retiré, nous pensions ce projet abandonné.
Pourtant, une demande de modification du Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) du 7e arrondissement, que le permis violait, relance cette menace dans l’un des sites les plus emblématiques de Paris. Il s’agit de rendre le document d’urbanisme conforme au permis par une modification limitée à la parcelle du projet, mesure peu usitée. Se soustraire ainsi à la règle commune est un comble pour l’Assemblée nationale !
Le préfet de région Ile-de-France, par une lettre en date du 30 juin 2026, transmettait en effet à la Ville de Paris son projet de modification du PSMV du 7e arrondissement permettant de légaliser le permis. Le préfet représentant l’Etat, donc notamment le ministère de la Culture (via sa DRAC), le consentement de ce ministère a nécessairement été donné. Un PSMV étant une création conjointe de l’Etat et des collectivités, l’avis du conseil de Paris a été acquis le 16 juillet 2027, sur proposition du maire de Paris Emmanuel Grégoire (voir ici).
La municipalité a prétendu, pour sa défense (voir ici), qu’elle avait permis une modification du PSMV indépendamment de tout projet architectural. Pourtant, la lecture du projet de délibération soumis au conseil de Paris montre bien que le projet lauréat de l’Assemblée est seul visé : "Les constructions projetées s’inscrivent dans des gabarits proches de ceux des édifices existants et ont été conçues dans le respect des caractéristiques architecturales et patrimoniales du site. Le nouveau pavillon d’entrée, notamment, reprend les principes de composition de la façade historique du Palais-Bourbon dans une écriture architecturale contemporaine".
La délibération du conseil de Paris nous apprend également que la procédure de "modification" choisie l’a été dans un but de célérité, alors qu’une "révision" de l’ensemble du document d’urbanisme avait été préalablement engagée : "Cette procédure de modification est de compétence préfectorale et elle se distingue entièrement de la procédure de révision que vous avez souhaité voir engager par votre délibération 2025 DU 78 des 8, 9 10 et 11 avril dernier [...]. Concrètement, la modification est une procédure relativement rapide qui, compte tenu des délais inhérents à la désignation de l’équipe qui sera chargée de la révision, devrait être aboutie avant même le lancement effectif des études relatives à cette dernière procédure."
Le règlement du concours (voir ici) donne la raison du choix de cette procédure rapide. Il nous apprend, en effet, que "La livraison de l’ouvrage objet de l’opération de travaux est souhaitée pour le premier trimestre 2028", mais (paragraphe en gras), qu’"une livraison partielle du bâtiment est exigée avant le 30 avril 2027. Cette livraison partielle dev[ant] permettre l’organisation d’une cérémonie d’ouverture d’un premier accès du public depuis le Quai d’Orsay." Or, l’élection présidentielle, qui sera probablement suivie d’une dissolution de la Chambre, doit se tenir le 18 avril 2027, pour le premier tour, et le 2 mai 2027, pour le second tour (voir ici).
Il s’agit, par conséquent, d’un monument principalement à la gloire de la Présidente de l’Assemblée, fonction qu’elle occupe depuis juin 2022, début de la XVIe législature. L’édifice doit ainsi, selon le règlement, être "pensé comme un objet "signal"", "reconstruit" dans la "même emprise" que le pavillon historique. Yaël Braun-Pivet se félicite en effet d’avoir doublé la fréquentation touristique annuelle de l’Assemblée nationale depuis le début de sa présidence (elle était d’environ 120 000 visiteurs avant le Covid en 2018 et 2019, avant de retomber à 65 000 en 2022). Le règlement précise ainsi "que la fréquentation actuelle est d’environ 210 000 personnes par an (par l’accueil du public existant) et que l’aménagement projeté devrait permettre d’atteindre un objectif d’environ 600 000 personnes par an", soit environ six fois sa fréquentation ante-covid. Est-ce bien là le rôle de l’Assemblée nationale ?
Le discours prononcé par la présidente de l’Assemblée le 23 mai 2023, lors de l’inauguration de la colonnade restaurée du Palais Bourbon, montre que celle-ci s’approprie entièrement le projet, dont l’objectif principal semble être de donner une vitrine sur la Seine à la boutique de l’Assemblée en la surmontant d’une cafétéria (les dispositifs pédagogiques étant situés dans des sous-sol en partie déjà existants) : "Je veux remercier les questeurs d’avoir approuvé ce nouveau projet, grâce auquel cet accueil aura lieu sur une surface de 4 500 m², contre 1 200 aujourd’hui. La reconstruction totale du pavillon d’accueil du public et l’aménagement du vaste espace qui se tient sous nos pieds permettront de réintégrer la boutique dans le parcours de visite, de donner accès à une cafétéria et d’ouvrir un espace totalement nouveau de médiation sur l’histoire, le rôle et le fonctionnement de notre institution. [...] Ce chantier de l’emmarchement constitue un investissement pour l’avenir. Il ne sera probablement pas tout à fait achevé sous cette législature, mais je suis fière et heureuse de le lancer [...]"
Le dossier de presse du 21 et 22 juin 2025 (voir ici), montrant la première image du projet retenu, indique d’ailleurs, qu’" à l’initiative de la Présidente Yaël Braun-Pivet et sur sa proposition conjointe avec les Questeures Christine Pirès Beaune, Brigitte Klinkert et Michèle Tabarot, le Bureau de l’Assemblée nationale a approuvé de manière unanime la construction d’un nouveau bâtiment d’accueil."
Comment abandonner ce projet à 52,8 millions d’euros, rejeté de toute part ? L’article 15-7 du règlement du concours (voir ici) indique que « L’Assemblée nationale peut décider de ne pas donner suite au concours pour un motif d’intérêt général » et cela sans indemnité pour le candidat retenu (hormis celle liée à l’élaboration du projet). Se conjuguant avec la dénaturation d’un site du patrimoine mondial, le motif d’intérêt général est clair : c’est l’aggravation de la dette publique. Depuis l’ouverture du concours en juillet 2023 et la désignation de son lauréat en juin et septembre 2024, les alertes se sont multipliées. Ainsi, au premier semestre 2026, l’Etat a dû verser 34,5 milliards d’euros d’intérêts au titre de sa dette, soit presque 19% de plus qu’un an auparavant, se plaçant sous la menace d’un effet « boule de neige ». La questure pourrait ainsi, en faisant jouer la clause de retrait prudemment intégrée dans son règlement, se contente de réaménager les sous-sols existants et le pavillon historique, parfaitement fonctionnel !
Julien Lacaze, président de Sites & Monuments
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