Tags sur la fontaine classée du Palais des Arts de Marseille : un cas d’école

Nous dressons, à l’occasion de ce premier article consacré au tag, un état du droit pénal applicable, distinguant notamment le cas des bâtiments privés, publics et des monuments historiques.

Henry-Jacques Espérandieu (1829-1874), architecte, Jules Cavelier (1814-1894), sculpteur, fontaine du Palais des Arts de Marseille (1864-1874), classée au titre des monuments historiques, et revêtue de tags. Photo Sandrine Rolengo / Sites & Monuments, août 2021.

Henry-Jacques Espérandieu (1829-1874) est un architecte né à Nîmes en 1829 dont la carrière s’est déroulée essentiellement à Marseille. Après des études d’architecture à Paris auprès de Léon Vaudoyer (1803-1872), il accompagne ce dernier dans les travaux qui lui sont confiés à Marseille, puis s’installe définitivement à Marseille où il mène une brillante carrière. Il trace notamment les plans de Notre-Dame de la Garde, la « Bonne Mère » chère au cœur des Marseillais, édifiée entre 1853 et 1864.

Palais des Arts. Carte postale, vers 1900.

C’est en 1864, à la suite de ce premier chantier, que la ville le charge de dessiner un bâtiment destiné à abriter la bibliothèque municipale et l’école des Beaux-Arts. L’édifice sera achevé l’année de sa mort, en 1874. Le palais des Arts est aujourd’hui encore propriété de la ville. Son jardin est malheureusement divisé entre la mairie centrale et la mairie d’arrondissement, ce qui en complique la gestion et la restauration.

Sur le côté du bâtiment principal, longeant la rue de la Bibliothèque, se trouve une « annexe », dont la façade qui fait face à un petit jardin public est aveugle. Pour l’orner, Espérandieu la dote d’une fontaine monumentale, dénommée également Carli, du nom de la place adjacente.

Palais des Arts. Carte postale, vers 1900.

La construction est en pierre et briques, l’eau est crachée dans une vasque par un important mascaron féminin dont l’abondante chevelure bouclée est ornée de putti. Il s’agit d’une œuvre du sculpteur Jules Cavelier (1814-1894), élève du sculpteur David d’Angers (1788-1856) et du peintre Paul Delaroche (1797-1856).

Au dessus, en bas-relief, une voûte en berceau à caissons simulée est elle-même placée sous un fronton triangulaire. Au milieu de ce dernier se trouve le blason de la ville de Marseille porté par des putti marins, une allusion à la vocation maritime de la ville.

Un ensemble de bâtiments protégé au titre des monuments historiques

Plan cadastral montrant le périmètre de la parcelle 240, objet des protections au titre des monuments historiques, ainsi que la fontaine (désignée par une flèche). Source géoportail.

L’ensemble des bâtiments du palais des Arts, y compris la fontaine dite « Espérandieu », est protégé au titre des monuments historiques depuis 1994. L’« ensemble des bâtiments avec leur décor et leur mobilier d’origine, à l’exception des parties classées (cad. C 240) » ont d’abord fait l’objet d’une inscription par arrêté du 1er octobre 1994, puis les « façades et toitures ; escalier d’honneur ; salle des fêtes, salle de lecture, réserves, salle de conférence avec leur mobilier et leur décor d’origine (cad. C Thiers, 1er arrondissement, 240) » ont fait l’objet d’un classement par arrêté du 18 novembre 1997 (voir ici). La façade comportant la fontaine appartient bien à la parcelle cadastrale 240 de la feuille n°1 de la section 0C (voir ici). Elle est donc classée au titre des monuments historiques.

Des tags à répétition induisant un délitement de la pierre

Aujourd’hui, ce bel élément du décor urbain n’est plus que l’ombre de lui-même comme le montre la photo suivante prise en août 2021 :