La centrale éolienne de Sainte-Victoire contre la biodiversité

Atteinte portée à la biodiversité de Sainte-Victoire par un parc de 22 éoliennes dépourvu d’autorisation environnementale. Photo 17 mai 2020, M.-A. Chavanis / Sites & Monuments.

Les paysages sont indissociables de la biodiversité qu’ils abritent. Il faut ainsi sauver la faune et la flore des abords de la montagne Sainte-Victoire, rare site de cette envergure et de cet intérêt préservé dans le Var. Les promoteurs, notamment éoliens et photovoltaïques, doivent comprendre que nos espaces naturels ne sont pas destinés aux installations industrielles. Pourtant, 22 éoliennes de 125 m de haut en bout de pale (3 fois la hauteur de la basilique Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille) ont été érigées à 10 km à l’est du Pic des Mouches, dans les communes d’Artigues et d’Ollières.

Aigle de Bonelli. Photo DR.
  • La flore

Pour l’établissement de cette centrale éolienne, 25 540 m2 ont été défrichés, le pied des machines devant être par la suite entretenu par « broyage mécanique » ou usage de « lances thermiques », ce que déplore le chef des travaux forestiers de l’État dans son procès-verbal (p. 2). La terre a été retirée et la roche brisée afin de couler 1500 tonnes de béton armé par éolienne, soit environ 33 000 tonnes de béton pour l’ensemble du parc. Des travaux lourds ont aussi été réalisés pour créer ou élargir les accès des machines, rectifier la courbure des chemins...

Genévriers oxycèdres. Photo DR.
Orchis singe. Photo DR.

Le chantier a ainsi détruit des chênes pubescents, des chênes kermès ou verts âgés de plus de 30 ans, des érables de Montpellier, comme la garigue basse, composée de cistes, de genévriers oxycèdres, de filaires à feuilles étroites, de pistachiers térébinthe, de buis, pruneliers, de nerpruns alaterne, d’amélanchiers germandrée, d’aphylantes de Montpellier, de cistes cotonneux, d’euphorbes, de lavande, thym, sarriette et romarins, ainsi que des pelouses à brachypode rameux, accueillant des orchis singe et une faune précieuse.

Chêne kermès. Photo DR.
Aphyllante de Montpellier. Photo DR.

La zone défrichée est d’autant plus sensible qu’elle est accolée au site classé du « Massif du Concors » ; située à 6000 mètres du site classé de la montagne Sainte-Victoire ; à 1200 mètres d’une Zone spéciale de conservation (ZSC) des espèces et habitats naturels et d’une Zone de protection spéciale (ZPS) pour les oiseaux. Elle est également située à 1500 mètres de la zone naturelle d’Intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF type2) du massif de la Gardiole, une appellation attribuée aux « grands ensembles naturels riches, ou peu modifiés, qui offrent des potentialités biologiques importantes ». Huit des machines sont en outre situées sur un site Natura 2000, dans la l’axe d’un "corridor biologique" (trame verte et bleue).

Filaire à feuilles étroites. Photo DR.
Ciste cotonneux. Photo DR.

Le schéma régional de cohérence écologique (aujourd’hui remplacé par le SRADDET) qualifiait d’ailleurs la zone de « réservoir de biodiversité de la sous-trame forestière avec objectif de préservation ».

Nerprun alaterne. Photo DR.
Pistachier térébinthe. Photo DR.
  • La faune

Les dangers que constituent les éoliennes pour la faune sont connus et l’ensemble du milieu environnant sera affecté par la présence des aérogénérateurs. Risques de collision, pollution lumineuse (clignotements nocturnes), champs électromagnétiques, bruits, effets stroboscopiques, infrasons et vibrations sont autant de nuisances pour des espèces endémique ou rares du piémont de la montagne Sainte-Victoire.

Atteinte portée à la biodiversité de Sainte-Victoire par un parc de 22 éoliennes dépourvu d’autorisation environnementale. Photo 17 mai 2020, M.-A. Chavanis / Sites & Monuments.

Et il n’est pas certain que les "1 090 500€ de retombées locales en lien avec le traitement des incidences du projet sur les écosystèmes" (voir ici) versés par le promoteur à différentes associations de protection de la faune sauvage soit de nature à compenser ces atteintes. Ainsi, un budget de 370 000 euros est alloué sur sept ans à l’étude et à l’achat de matériel destiné à la sauvegarde des chauves-souris, tandis que 712 500 euros sont alloués jusqu’à la fin de l’autorisation d’exploiter, en 2038, soit pendant 19 ans, pour des actions de protection des oiseaux, c’est-à-dire plus de 37 000 euros par an.

Aigle royal. Photo DR.
Circaète. Photo DR.

Les rapaces (aigle de Bonelli, aigle royal ou circaète Jean-le-Blanc) seront en effet touchés par la modification de leur environnement, tout comme les oiseaux et insectes établis dans les pelouses à caractère steppique du piémont de Sainte-Victoire. On pense à l’alouette lulu, au traquet oreillard, à la linotte mélodieuse, au bruant ortolan, au pipit rousseline - inscrits au "Livre Rouge" des oiseaux menacés en Provence (DREAL et CR PACA) - aux chauves-souris, au damier de la succise, à la lucarne cerf-volant, au grand capricorne ou aux fameux criquets hérissons, endémiques de la région...

Pipit rousseline. Photo DR.
Bruant ortolan. Photo DR.

Le défrichement et le fonctionnement de la centrale de 22 éoliennes a notamment lieu « au sein du domaine vital de l’aigle de Bonelli » (procès-verbal, p. 3), l’un des rapaces les plus rares et menacés de France.

Criquet hérisson. Photo DR.
Lucarne cerf-volant. Photo DR.

Le « Plan national d’actions pour l’aigle de Bonelli 2014-2023 » mentionne ainsi, parmi les « causes de mortalité », « l’impact des collisions d’aigles de Bonelli avec des pales d’éoliennes". Celui-ci est peu documenté [...], mais cette menace reste bien présente. Les études plus abondantes sur des espèces similaires, et/ou dans d’autres pays, indiquent qu’une mortalité paraissant peu élevée peut avoir des conséquences importantes sur des espèces longévives peu abondantes comme l’Aigle de Bonelli. »

Damier de la succise. Photo DR.
Diane. Photo DR.

Le plan précise également que « Les projets de parcs éoliens et photovoltaïques, à caractère industriel, sont gourmands en espaces naturels. Ils réduisent d’autant les habitats disponibles pour l’Aigle de Bonelli et peuvent donc avoir un fort impact sur la fécondité de l’espèce, par la réduction des ressources alimentaires qu’ils engendrent. » (p. 11).

Alouette lulu. Photo DR.
Traquet oreillard. Photo DR.

Cette richesse, invisible à l’échelle d’un grand paysage comme celui de Sainte-Victoire, méritait d’être détaillée. Le vide de cette partie du Var, qui attire la convoitise des promoteurs de tout poil, doit aujourd’hui être considéré comme un trésor à préserver.

Julien Lacaze, président de Sites & Monuments

Abords de la montagne Sainte-Victoire victimes de l’industrie éolienne et photovoltaïque. Photo M.-A. Chavanis / Sites & Monuments

Pour signer la pétition

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Sources :

- Procès-verbal de reconnaissance de bois à défricher du technicien chef des travaux forestiers de l’État en résidence à Draguignan du 31 août 2017 / Ministère de l’Agriculture

- Plan national d’actions pour l’aigle de Bonelli 2014-2023 / Ministère de l’Écologie