Depuis bientôt soixante ans, les visiteurs qui empruntent la digue-promenade entourant la plage de l’Écluse à Dinard passent au pied d’un élégant parallélépipède de béton et de verre : la piscine olympique d’eau de mer chauffée et filtrée, inaugurée le 1er juillet 1967.
Après l’abandon en 1962 d’un projet de rénovation de l’ancienne piscine du Casino-Balnéum, fermée depuis des années, la municipalité dirigée par le député-maire Yvon Bourges (1921-2009) avait opté pour la destruction de celle-ci et la construction d’un nouvel équipement de dimensions olympiques avec bassin de 50 m x 17,50 m alimenté en eau de mer. Le 31 octobre 1963, le conseil municipal approuvait le projet de l’architecte Jacques Vitrier (1915-2010) et de l’ingénieur Georges-Marc Présenté, ancien collaborateur de Le Corbusier. Ouvert en janvier 1966, le chantier fut clôturé par la réception définitive, prononcée le 17 décembre 1968. Quelques modifications mineures y furent apportées en 1973, au moment de l’implantation d’un Palais des Arts et du Festival à l’est de la piscine.
La longueur totale du bâtiment est de 66 m et sa largeur au niveau du rez-de-chaussée de 30,25 m, une ligne de poteaux supportant le plancher, formant passage couvert pour le public, et la toiture terrasse. L’organisation spatiale est parfaitement fonctionnelle : au sous-sol, une salle de service, deux vestiaires, une buanderie, une salle des pompes et des filtres ; au rez-de-chaussée, le hall d’entrée et la caisse, les vestiaires et sanitaires, la salle de chaufferie et le stockage du mazout ; au 1er étage, la piscine avec six lignes d’eau et, à l’origine, deux plongeoirs de 1 et 3 m. La toiture comportait une partie ouvrante en charpente métallique et panneaux translucides au-dessus du bassin, un dispositif qui allait devenir la règle quelques années plus tard avec le concours des 1000 piscines.
La presse célébra « une réussite sensationnelle de classe internationale ». De nombreuses innovations techniques y avaient été mises en œuvre : pompage et filtration de l’eau de mer, chauffage par air pulsé dispensé par un circuit de serpentins noyés dans le béton. Côté sud, le mur aveugle bordant l’avenue Wilson est entièrement revêtu d’une composition monumentale en mosaïque de pâte de verre, conçue par le plasticien français d’origine suisse Charles Gianferrari (1921-2010), qui allait réaliser l’année suivante la mosaïque du patio de l’hôtel de ville de Grenoble. Vers le nord, la grande verrière offre une vue spectaculaire sur la baie de Saint-Malo. Dans les premiers temps, on pouvait, moyennant un modique droit d’entrée, visiter le bâtiment comme l’une des attractions touristiques de la station balnéaire.
Un demi-siècle plus tard, l’état de la piscine est médiocre : la structure en béton se dégrade, notamment au niveau de la toiture, et la question de son devenir se pose depuis plusieurs années. S’y ajoutent la complexité des normes de construction et de sécurité, la situation déficitaire commune à de nombreuses piscines municipales et l’engouement croissant du public pour les complexes aqualudiques, au détriment des piscines sportives. La municipalité élue en 2020, plutôt favorable à la construction d’un équipement neuf, installé au sein d’un complexe sportif éloigné du centre, a commandité à deux cabinets de conseil une étude sur l’avenir du site, dont les conclusions ont été présentées au conseil municipal le 27 janvier. Parmi les trois scénarios envisagés, le moins coûteux est, comme on pouvait le prévoir, la destruction. Celle-ci n’est pourtant pas une fatalité, comme le montrent des exemples réussis de reconversion : à Chartres-de-Bretagne, la piscine Caneton est devenue en 2013 un boulodrome couvert, solution qui préserve son design d’origine ; l’année suivante, la piscine municipale de Fougères devenait salle multisports. Ajoutons que la piscine de Dinard a des défenseurs qui s’organisent : leur pétition a déjà recueilli près de 4 000 signatures [1]
Longtemps négligée, l’architecture sportive fait depuis deux décennies l’objet de nombreuses recherches et publications. En Bretagne, le service régional de l’Inventaire lui a consacré récemment une enquête thématique [2] , qui a recensé plusieurs centaines d’équipements et dont les notices sont consultables en ligne sur le site https://patrimoine.bzh/. La piscine olympique de Dinard y figure parmi les bâtiments les plus représentatifs des années 1960, avec la piscine Foch de Brest (Albert Cortellari, 1965) qui est son antithèse sur le plan formel, par son brutalisme assumé. L’une et l’autre mériteraient à coup sûr une protection au titre des Monuments historiques. Au plan national, Dinard soutient la comparaison avec les réalisations marquantes de la décennie, Deauville (Georges Taillibert, 1966) ou Firminy (André Wogenscky, 1971) [3] .
Philippe Bonnet, historien, délégué régional Docomomo
Bernard Toulier, conservateur général honoraire du patrimoine







