Projet d’extension du parc éolien de Saint-Nicolas-des-Biefs

Le village de Saint-Nicolas-des-Biefs

Aux confins du Bourbonnais et du Forez, et à la porte de l’Auvergne, cette commune de 2 900 hectares est située au cœur des Monts de la Madeleine à une altitude moyenne de 930 m. Elle porte sur son territoire le sommet supérieur à 1 000 m le plus proche de Paris (La Pierre Charbonnière). Distante de 45 km de Vichy et de 30 km de Roanne, Saint-Nicolas-des-Biefs bénéficie de panoramas extraordinaires avec une superbe vue sur le Mont Blanc et la plaine roannaise depuis le plateau de La Verrerie, la vue sur les monts d’Auvergne et le Puy de Dôme depuis de très nombreux endroits, la vue sur les Bois Noirs et le Puy de Montoncel. Ce massif est, de fait, un belvédère surplombant assez brutalement la plaine de la Loire.

Depuis le 20 janvier 2015, un parc éolien est en cours d’exploitation par la SNC ferme éolienne de Saint-Nicolas-des-Biefs, appartenant à la SARL ABO Wind. Ce dernier a fait l’objet d’un avis de l’autorité environnementale le 8 octobre 2012.

Périmètre d’étude

Il est composé de sept éoliennes, implantées linéairement suivant une orientation Sud/Sud-Est vers Ouest/Nord-Ouest. Les machines sont d’une hauteur totale de 150m en bout de pale, d’un mât de 105m et d’un rotor de 90m de diamètre. La puissance est de 2 MW chacune soit une puissante installée de 14 MW. Le socle de l’éolienne E5 est dans une tourbière : des riverains ont fait des photos lors de la construction.

Projet d’extension :

Les trois nouveaux aérogénérateurs nommés E7, E9 et E10 (l’éolienne E7 est prévue dans la trouée entre les éoliennes existantes E6 et E8, et les deux éoliennes E9 et E10 se trouveraient dans le prolongement Nord du parc existant), d’une hauteur totale de 150m de haut en bout de pale, dont la hauteur du moyeu est à 91,5m par rapport au sol et le diamètre du rotor de 117m. La puissance totale maximale installée est de 12,6 MW, soit 4,2 MW par unité. Deux fois plus que celles qui sont en place. Une fondation assurera l’ancrage de chaque éolienne (semelle en béton armé de 12 à 22 mètres de diamètre, enfouie de 3 à 5 mètres de profondeur dans un sol granitique). Un mur de soutènement en pierre, de 46 m de long, 9,2 m de large et 8.54 m de haut, est nécessaire pour réaliser la plateforme de l’éolienne E7 au regard de la forte pente du terrain. La surface de défrichement est de 15.819 m² tandis que 8.440 m² seront déboisés et dessouchés temporairement.

Le parc actuel est situé sur la ligne de crête (environ 1000 mètres d’altitude), et les futures éoliennes suivront un axe, s’éloignant légèrement de celui du projet existant, s’installant à la frange des unités paysagères des monts du Bourbonnais à l’Ouest (Allier) et des monts de la Madeleine à l’Est (Loire).

L’Arrêté n° 348/2022 du préfet de l’Allier en date du 17 février 2022 autorise la société CPENR de Saint-Nicolas-des-Biefs Nord à construire et à exploiter un parc éolien de trois éoliennes E7, E9 et E10, en extension du parc existant, alors que le commissaire enquêteur avait émis un avis négatif pour l’éolienne E7.

Localisation de la zone d’étude du poste de livraison et des éoliennes

Les enjeux :

Ce massif constitue un véritable « Château d’eau » participant à l’émergence de deux rivières entourant le relief (le Barbenan et le Ruisseau de Malegoutte) ainsi que de nombreuses sources dont certaines sont captées pour la consommation humaine à l’échelle d’organismes spécialisés (SIVOM, Syndicats) sans oublier un élevage piscicole. Présence de périmètres de Protection des captages AEP.

Le projet d’extension de ce « parc » éolien allongerait son emprise vers l’extrémité de la crête au niveau de l’emblématique Roche Charbonnière. Ce nouveau secteur atteint le bassin d’alimentation de diverses sources, dont une concentration spécifique de treize sources regroupées dans cinq captages différents par le SIVOM Vallée de la Besbre pour son réseau d’alimentation d’eau potable pour l’alimentation humaine.
L’ensemble souvent appelé « Les Allemagnes » concerne effectivement les sources de ce captage mais aussi celles des captages de Musy, Bletry, Alliot, et la Roche Charbonnière. Il fournit 100 000 M3 par an d’une eau très pure qui sera d’autant plus appréciable que les ressources en eau sont de plus en plus menacées par le réchauffement climatique. Ceci représentait 7,13 % de l’eau potable distribuée dans une partie de l’Allier par ce SIVOM en 2019 (année documentée).

 

UN ABRÉGÉ DU LOURD DOSSIER DE L’EOLIENNE E7

 
 Des sources et des zones humides sur la zone immédiate d’implantation [voir carte ci-dessous).
L’éolienne E7 est directement concernée par un PPE (Périmètre de Protection Étendue) : « L’éolienne E7 dans sa position initiale n’était pas concernée par des périmètres de captages. Sa nouvelle position l’amène dans le périmètre de protection éloignée (PPE) de la prise d’eau du Malgoutte anciennement exploitée par le SIAEP de la Teyssonne (et désormais sous gestion du SMEA Roannaise de l’Eau) » (Rapport du Cabinet Derosier).
 Solution aéronautiquement « acceptable » conduisant pour E7 à un énorme mur de soutènement ( 8,5m de haut, 46m de long sur 9,2m de large dans un milieu aux équilibres fragiles !) Ainsi qu’à un décaissement pour « abaisser » la hauteur au sol finale de l’éolienne de 1m. (ces opérations modifiant le site de façon difficilement réversible).

Schéma réalisé par Paul Royal en page 20 de son rapport de 2019

Dans le rapport de l’Enquête Publique sur le projet d’extension, page 41, l’’étude hydrogéologique de mars 2019 sur l’éolienne E7 :

  • Présente des imprécisions et reporte aux phases de chantier et d’exploitation l’évaluation réelle des impacts de la plateforme sur les écoulements.
  • Evoque un drainage, un détournement du ru à proximité immédiate, et des impacts sur le milieu humide.

L’éolienne E7 :

  • Se trouve en bordure de la zone d’étude. Les milieux en aval immédiats, notamment humides, n’ont pas été inclus dans l’étude d’impact.
  • Se situe aux limites de la zone Neol du projet de PLUi et tout contre une zone N présentant une découpe spécifique sur la rive droite du ru détourné.
  • Est partiellement justifiée par des aspects de continuité paysagère alors que son implantation nécessite une plateforme monumentale dont le mur de soutènement frontal mesurera 8,5 m de hauteur par 46 m de long soit un gros immeuble de deux étages dans un milieu que l’on peut qualifier de fragile. Cet édifice sera masqué hors périmètre immédiat mais seulement par une végétation par définition non pérenne.
  • Se localise à proximité d’une source, dans une mosaïque d’habitats mais aussi à proximité d’une tourbière. Les 50 m de tout habitat humide recommandés par l’écologue ne seront pas tenus. Les mesures prévues en phase chantier peuvent apparaître comme porteuses de risques compte tenu de l’ampleur des travaux sur la plateforme.
  • Est identifiée comme ayant plus d’impact sur l’avifaune que E9 et E10"

 
Ce Rapport de L’Enquête Publique sur le Projet d’Extension du 10/11/2021 montre le manque d’enthousiasme du Commissaire Enquêteur pour l’éolienne E7. Il préconise la variante réduite à deux machines E9+E10.

Le rapport de l’avis de la MRAE du 18 mars 2021 met sur la table de bonnes questions.

 Par exemple pages 14-15 concernant la qualité des eaux, et les enjeux sanitaires pour la population :
« Concernant la qualité des eaux, trois périmètres de protection rapprochée (PPR) se trouvent au sein des secteurs nord et nord-est de la zone d’implantation potentielle du projet, sur lesquels trois captages d’alimentation en eau potable (AEP) sont identifiés (Pierre Charbonnière, Bletry et Alliot). L’enjeu (52) est qualifié de très fort, au regard des écoulements des eaux souterraines en bon état qualitatif, et des aquifères (nappes semi-profonde en milieu fissural granitique) situés à proximité des éoliennes E9 et E 10, qui peuvent être vulnérables, mais aussi par la présence des zones humides et tourbières en surface, aux abords de l’éolienne E7 ».

 Cette extension est localisée en milieu forestier, au cœur de la montagne Bourbonnaise, au sein de zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique, en relation avec des sites du réseau Natura 2000, et nécessite 2,42 ha de déforestation au total, affectant des zones humides insuffisamment caractérisées et des milieux hébergeant un cortège d’espèces remarquables en particulier l’avifaune migratoire et des chiroptères. La caractérisation des enjeux paysagers est insuffisante. Un enjeu existe en outre en matière de pollution des eaux, confirmé par les travaux sur le parc existant.

Commentaire de la LPO :

« Les enjeux FLORE-MOUSSES : deux sphaignes sensibles inscrites sur la Liste Rouge Régionale des bryophytes ont été identifiées et se trouvent à proximité de l’éolienne E7. La sphaigne palustre ou Sphagnum palustre est sur une zone de bas-marais ourlifié identifiée en sensibilité majeur comme le ruisseau et la saulaie marécageuse (et est encore plus proche de E7). Sur 29 espèces terrestres et aquatiques, 10 sont protégées ainsi que 13 autres susceptibles de fréquenter le site. L’artificialisation consécutive à la construction du pied de l’éolienne E7 aura un impact destructeur des sphaignes. Il conviendrait donc soit de déplacer l’éolienne, soit de ne pas l’implanter.

Les enjeux avifaune dans l’aire d’étude.

Les espèces concernées :

  • Neuf espèces de rapaces, dont principalement le Grand-duc d’Europe, la Bondrée apivore, le Milan noir, le Faucon Hobereau, la Chouette de Tengmalm, le Busard Saint-Martin.
  • Quatre espèces aquatiques : le Martin-pêcheur d’Europe, le Héron cendré, la Sterne naine, la Sterne pierregarin.
  • Vingt espèces de passereaux et assimilés, dont principalement le Pic noir, l’Alouette lulu, la Bécasse des Bois, le Tarin des aulnes, la Huppe fasciée.

Quand aux chiroptères un suivi a été mis en place à partir de janvier 2016 : données de peuplement, données de localisation, suivi de l’activité, suivi de l’activité à hauteur de l’éolienne, …
Le diagnostic a permis d’identifier au moins neuf espèces ou groupe d’espèces fréquentant l’aire d’implantation : Barbastelle, Oreillard sp., Sérotine commune, Noctule de Leisler, Noctule commune, Pipistrelle de Kuhl, Mutin de Natterer, Murin de Daubenton ce qui correspond à une diversité spécifique moyenne au vu des 27 espèces de chauves-souris connues en région Auvergne.

 
Christine Olijnyk, présidente de l’Association "Les Petits Bois"