Les six principales associations de défense du patrimoine naturel et bâti parisien, FNE Paris, le GNSA Paris, Monts 14, Paris Historique, Sites & Monuments et SOS Paris, s’adressent aux six candidats aux élections municipales à Paris, Pierre-Yves Bournazel (Horizons), Sophia Chikirou (la France insoumise), Rachida Dati (Les Républicains), Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), Sarah Knafo (Reconquête !) et Thierry Mariani (Rassemblement national) au sujet de son futur Site patrimonial remarquable (SPR), afin de connaître leur opinion sur ce document fondamental pour l’avenir de notre capitale, malheureusement réduit à une peau de chagrin dans sa mouture bientôt soumise à l’enquête publique.
JL
M. Pierre-Yves Bournazel - Horizons
Mme Sophia Chikirou - La France insoumise
Mme Rachida Dati - Les Républicains
M. Emmanuel Grégoire - Parti socialiste
Mme Sarah Knafo - Reconquête !
M. Thierry Mariani - Rassemblement national
Mesdames, Messieurs les candidats,
Vous solliciterez, en mars prochain, le suffrage des Parisiens. Les associations les plus actives dédiées à la protection du patrimoine et de l’environnement de Paris – France nature environnement (FNE) Paris, le Groupement national de surveillance des arbres (GNSA) Paris, Monts 14, Paris Historique, Sites & Monuments et SOS Paris – souhaitent attirer votre attention sur la question, bientôt soumise à enquête publique, du futur Site patrimonial remarquable (SPR) de Paris.
Notre capitale est, en effet, insuffisamment protégée par le Plan local d’urbanisme (PLU) de Paris, comme le montrent nombre de projets contestés (pavillon des Sources, Projet One au champ de Mars, monastère de la Visitation, couvent Reille, hôpital La Rochefoucauld, gare d’Austerlitz, cour du Bel-Air et nombreuses autres opérations de densification inopportunes.

La question de la définition - à l’invitation de l’UNESCO - d’un vaste Site patrimonial remarquable (SPR) pour Paris est à ce titre fondamentale. Les SPR ont en effet été créés, à la demande d’André Malraux, par une loi de 1962 sous le nom de « Secteurs sauvegardés », dans un double but de protection du patrimoine et de lutte contre l’insalubrité. Sorte de « super PLU », c’est l’instrument le plus puissant et le plus pérenne du droit de l’urbanisme français. Doté d’un Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV) (voir art. L. 313-1 et s. du code de l’urbanisme), le SPR permet de définir précisément le statut de chaque immeuble. Ceux-ci peuvent être démolissables (zones gris clair sur le plan) ou, au contraire, protégés pour leur enveloppe extérieure (zones gris foncé), voire certains de leurs éléments intérieurs exceptionnels (cages d’escalier remarquables, rares plafonds peints ou décors singuliers). Ces protections intérieures seraient juridiquement impossibles dans le cadre d’un PLU. Au sein d’un SPR à PSMV, des constructions à démolir lors de réhabilitations globales peuvent être également désignées (zones jaunes) afin de créer de nouveaux jardins, ce qu’un PLU ne peut imposer. C’est pourquoi l’établissement d’un PSMV au sein du SPR de Paris est un enjeu à la fois patrimonial et écologique.

Il permettrait, en outre, de résoudre des conflits actuellement récurrents sous le régime des "abords" des monuments historiques, tenant à l’appréciation de la visibilité sur ces monuments et depuis ces monuments (la servitude des 500 m est inapplicable au sein d’un SPR), comme à remédier à l’imprévisibilité des prescriptions des architectes des bâtiments de France (tenus de respecter les prévisions d’un PSMV). Cet instrument pourrait utiliser les repérages patrimoniaux effectués à l’occasion de la révision du PLU de Paris, en les complétant, notamment pour les intérieurs, sachant que les décors internes des constructions sérielles, notamment haussmanniennes, seront rarement concernés.

L’établissement d’un Plan de Valorisation de l’Architecture et du Patrimoine (PVAP) au sein du SPR, en lieu et place du PSMV, serait moins opérant. Seuls les extérieurs pourraient alors être protégés (régime déjà largement applicable à Paris), sans possibilité d’imposer le dégagement de la pleine terre.
En tout état de cause, un PSMV n’empêcherait en aucun cas une politique dynamique de création de logements sociaux ou d’adaptation du bâti au réchauffement climatique, questions qu’il suffit de traiter dans son règlement. Il ne s’agit pas plus de « mettre Paris sous cloche ». Bénéficiant déjà d’un PSMV depuis 1996, le quartier du Marais est l’un des plus vivants de la capitale, tandis que le 7e arrondissement, doté d’un PSMV depuis 1991, a pu demeurer l’un des poumons de Paris par la préservation stricte de ses jardins privés (interdiction de la suppression de la pleine terre). Les aplats de couleur jaune du plan du PSMV du Marais permettront, à terme, la suppression d’ateliers parasites (dont la conversion en habitations est d’ores-et-déjà interdite), pour une reconquête de la pleine terre, enjeu bioclimatique s’il en est.
Tributaire des réticences de la mairie centrale, y voyant la mainmise de l’actuelle ministre de la Culture, ministre elle-même sensible aux craintes exprimées par certains maires d’arrondissement ignorant la nature réelle des PSMV (voir Le Parisien du 16 juin 2025), le projet de SPR actuel est particulièrement décevant. Il est en effet insuffisant, tant dans son étendue que dans l’intensité de ses protections.

Il est ainsi prévu de limiter le tracé du Site patrimonial remarquable de Paris aux sept premiers arrondissements (outre le bien inscrit au patrimoine mondial lui-même), logique administrative ne tenant pas compte des limites historiques de la ville, ignorant notamment la très pertinente zone tampon de l’UNESCO, assise sur l’ancien mur des Fermiers généraux (achevé en 1790), étendue notamment, au-delà de cette enceinte, au quartier de Montmartre ou au cimetière du Montparnasse. Par ailleurs, le régime de protection choisi serait essentiellement celui du PVAP, protégeant les seuls extérieurs, en réservant le PSMV au bien UNESCO des Rives de la Seine, soit une logique fluviale profitant à des édifices généralement déjà protégés au titre des monuments historiques et peu représentatifs de la diversité du bâti parisien. Le Quartier latin, celui de Saint-Germain-des-Prés, du Palais Royal, de l’Opéra, de la Nouvelle Athènes, de l’Etoile ou de Montmartre seraient notamment hors du SPR ou couverts par un simple PVAP. L’objectif des SPR est pourtant de protéger les « villes ou quartiers dont la conservation, la restauration, la réhabilitation ou la mise en valeur présente, au point de vue historique, architectural, archéologique, artistique ou paysager, un intérêt public » (art. L. 631-1 du code du patrimoine).
Le sujet d’un Site patrimonial remarquable pour Paris - bientôt soumis à l’enquête publique dans cette mouture très insuffisante - est étonnamment absent de la campagne électorale. Aussi, nous nous permettons de solliciter votre avis :
• Quel périmètre serait, selon-vous, opportun pour le futur Site patrimonial remarquable de Paris ?
• En son sein, quelles zones doter d’un PVAP (protection des seuls extérieurs) et quels quartiers doter d’un PSMV (susceptible de protéger des décors intérieurs et de reconquérir la pleine terre) ?
• Quelles autres mesures de protection du patrimoine parisien envisagez-vous ?
Restant à votre disposition, nous vous prions d’agréer, Mesdames, Messieurs les candidats, l’expression de notre dévouement.
Alexis Boniface, représentant du GNSA Paris
Yves Contassot et Yves Jouanique, coprésidents de FNE Paris
Julien Lacaze, président de Sites & Monuments
Patrice Maire, président de Monts 14
Christine Nedelec, présidente de SOS Paris
Dany Sandron, président de Paris Historique
FNE Paris
FNE Paris, créée en 2015, est une fédération d’associations et de collectifs parisiens mobilisés pour la défense de l’environnement et du cadre de vie à Paris. Aujourd’hui, ce sont une trentaine d’associations et autant d’adhérents individuels qui contribuent à la dynamique FNE Paris, soit au total plus de 1 200 personnes impliquées. FNE Paris agit pour la protection de la nature dans la Ville, la qualité de vie des Parisiennes et Parisiens, un urbanisme à visage humain, la sauvegarde du patrimoine architectural et la démocratie locale.
Contact : yjouanique@sfr.fr - 0676127353
GNSA Paris
Le Groupe National de Surveillance des Arbres est issu d’un collectif d’initiative citoyenne, uni aux côtés de Thomas Brail, arboriste-grimpeur, qui en est le fondateur. Le GNSA est une association loi 1901, créée en juillet 2020 et reconnue d’intérêt général. L’association œuvre activement pour la protection des arbres, éléments fondamentaux et essentiels des écosystèmes, dans leur pluralité d’implantation (milieu rural, urbain, forêts, bosquets, haies, zones humides, ripisylves…) et en tant que supports d’habitats d’espèces protégées et/ou menacées d’extinction.
Contact : alexis@gnsafrance.org - 0609525628
Monts 14
Fondée en 1996 dans le 14e arrondissement, l’association Monts 14 a élargi en 2007 son champ d’action à l’ensemble de la Rive gauche. Elle est agréée au titre de l’environnement dans un cadre départemental depuis 2015. Elle est éponyme du journal Monts 14 lancé en 1998 et faisant connaître ses combats pour le patrimoine architectural et les espaces verts. Elle est spécialiste de la question des fuseaux de protection des perspectives parisiennes (question des constructions de grande hauteur) et a déposé un recours contre le PLUb voté le 20 novembre 2024.
Contact : monts14@noos.fr - 0609039082
Paris Historique
Prenant racine dans le Festival du Marais, l’association pour la Sauvegarde et la Mise en valeur du Paris historique, créée en 1963, a pour mission la sauvegarde et la mise en valeur du Paris historique comme la diffusion de la connaissance et la valorisation du patrimoine parisien auprès du grand public. Elle est attentive aux projets de construction et de démolition, ainsi qu’à la mixité dans les quartiers : architecturale, sociale et commerciale. Elle est reconnue d’utilité publique depuis 2015.
Contact : contact@paris-historique.org - 0689751616
Sites & Monuments
Fondée en 1901, Sites & Monuments - SPPEF est la plus ancienne association nationale de défense du patrimoine. Elle intervient en France pour la défense du patrimoine paysager, bâti et mobilier grâce à ses délégués, son action au sein des commissions administratives, devant les tribunaux et dans les médias. Reconnue d’utilité publique en 1936 et agréée pour la protection de l’environnement dans le cadre national depuis 1978, elle agit notamment pour la défense du cadre de vie des Parisiens.
Contact : julien.lacaze@sitesetmonuments.org - 0624335841
SOS Paris
SOS Paris, reconnue d’intérêt général, défend depuis 1973 les ensembles architecturaux homogènes qui caractérisent l’identité de la capitale, du Carreau du Temple à la Halle Freyssinet. C’est pourquoi elle lutte contre l’architecture de rupture, s’attache à la protection du bâti plus modeste, est en guerre contre la surdensification, la bétonnisation des espaces verts et le retour des tours à Paris. Cette association s’adresse à tous les amoureux de Paris !
Contact : chrisnedelec@gmail.com - 0684186521

