Les voyageurs connaissent bien le restaurant "le Train Bleu", installé dans le hall de la gare de Lyon à Paris. Oeuvre d’art totale, ce buffet, inauguré en 1901, constitue, avec le Petit et le Grand Palais, l’une des constructions les plus marquantes suscitées par l’Exposition universelle de 1900.
Le Train Bleu évoque, par ses plafonds de François Flameng (auteur du foyer de l’opéra Comique), d’Henri Gervex, et bien d’autres peintres de l’école Réaliste, les destinations du Paris-Lyon-Méditerranée (PLM). Leurs œuvres, enchâssées dans de savants encadrements de bois ou de stuc, représentent ainsi Cassis, Monaco, Marseille ou Hyères, mais aussi les anciennes colonies d’Algérie et de Tunisie. Uniques en leur genre, les décors du salon doré, de la grande salle, des salons tunisien et algérien et des passages ont été classés au titre des monuments historiques par arrêté du 28 septembre 1972.
Un point a cependant été négligé dans la protection de ce lieu mythique du Paris 1900 : celui du mobilier qui l’accompagnait, faisant souvent corps avec les décors muraux.
Une partie de ce mobilier 1900 sera dispersée aux enchères par le ministère de Maître Jakobowicz le 30 juin 2014, entre 9 heures et 10 h 30, dans l’enceinte même du restaurant, le catalogue précisant parfois : "Mobilier d’origine créé avant l’Exposition Universelle de 1902 (sic)" Catalogue 30/06/2014
Il s’agit d’imposants buffets (Illustrations 3 et 4), de consoles (Illustration 6) ou d’encoignures (Illustration 5) se singularisant par l’emploi d’un marbre brèche d’Alep (dont la carrière se trouve près d’Aix-en-Provence) qui en renforce l’unité. Ce mobilier est complété par des dessertes (Illustration 8), des pupitres d’acajou et de beaux porte-manteaux (Illustration 7) de la même époque, comme par une vaisselle probablement d’origine (légumiers et plats ovales en métal argenté de la maison Christofle gravés "Buffet Gare de Lyon", Illustration 9). Sur les 120 lots de la vente, une vingtaine seulement mériteraient d’être maintenus en place, n’empêchant ainsi nullement la modernisation du restaurant (les fauteuils de cuir modernes n’ont ainsi pas d’intérêt patrimonial).
Ce mobilier ne peut pourtant, en l’état de la législation sur les monuments historiques, malgré sa faible valeur, et bien que les murs soient classés, être attaché à l’immeuble qui l’a vu naître. Cette lacune, que la SPPEF souhaiterait voir combler, concerne ainsi de nombreux patrimoines, au delà de la question de l’intégrité des grandes demeures françaises. L’hostellerie des "Vieux plats" de Gonneville-la-Mallet, en Seine-Maritime, en fournit une autre illustration.
Espérons que le projet de loi patrimoines prévoyant la protection de ces ensembles (ensembles mixtes meuble/immeuble et ensembles mobiliers) verra le jour sur ce point afin d’empêcher à l’avenir de tels démembrements.
Julien Lacaze, Vice-président de la SPPEF
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